“Il a vraiment changé”, “il s’est mis au travail” : où en est Tony Yoka ?

“Il a vraiment changé”, “il s’est mis au travail” : où en est Tony Yoka ?


Quelques jours avant son combat qui signera samedi son retour devant le public français, Tony Yoka débarque tout sourire dans une salle de boxe luxueuse du 16e arrondissement de Paris. Sous l’œil d’une dizaine de caméras, le double de journalistes, à l’occasion d’un entraînement organisé pour les médias, le boxeur se met en route pour produire quelques images pour les chaînes télé et donner des interviews avant d’affronter Arslan Yallyev à l’Adidas Arena à Paris. Somme toute, une petite pièce de théâtre durant laquelle le poids lourd s’échauffe, met les gants pour quelques rounds, transpire un peu et répond aux questions. Sauf que le champion olympique de Rio ne semble pas jouer la comédie. Entouré, entre autres, de son frère et son père, son large sourire ne parait pas feint, au contraire. 

S’il est intéressant de s’attarder sur le visage affiché par Tony Yoka avant de retrouver le ring, c’est parce que le public français a passé plusieurs années sans l’apercevoir. Comme l’intéressé le confesse désormais sans détours, après sa série de trois défaites – dans l’ordre – contre Martin Bakole, Carlos Takam et Ryad Merhy, il a connu un sérieux épisode dépressif. Après le lourd revers face à Bakole, il a même avoué avoir arrêté l’entraînement pendant de longs mois, tiraillé entre la douleur d’une première défaite en carrière professionnelle et une situation personnelle difficile. L’homme était alors en pleine séparation avec Estelle Mossely.

Tony Yoka et Arslan Yallyev lors de la pesée avant leur combat, le 16 mai 2025 à Paris

Crédit: Getty Images

Un changement de vie nécessaire

Il y a toujours des enseignements dans les défaites, glisse Tony Yoka. J’en ai tiré pas mal de conclusions sur le plan personnel et aussi sur le plan de la boxe.” Le bonhomme a pris du poids et affiche à présent 117 kilos, tout en gardant un physique plutôt sec, on y reviendra. Surtout, il a développé un axe de travail autour de la préparation mental et du bien-être au quotidien. Une volonté déclenchée par un déclic : “Après la dernière défaite, tous mes proches m’ont dit ‘On ne te reconnaissait pas sur le ring'”.

“Ç’a été dur de remettre la marche avant après avoir traversé deux années compliquées, confie l’olympien de Rio. Je me suis rendu compte finalement que c’est beaucoup plus important que je pensais l’aspect psychologique en boxe.” Maintenant que l’homme a payé (cher) pour apprendre, il assure avoir “travaillé quelques fois (sur l’aspect mental) en Angleterre et après ç’a été fait avec mes proches.”

Car ce travail s’est accompagné d’un changement de cadre de vie. Des Etats-Unis, où il était sous les ordres du renommé Virgil Hunter, il a déménagé pour Londres et la salle de Don Charles, un entraîneur notamment spécialisé dans les poids lourds, qui compte parmi ses boxeurs un certain Daniel Dubois, qui défiera l’immense champion Usyk en juillet à Wembley. Un changement qui entraîne une révolution d’abord sportive, assure Brahim Asloum, lui-même champion olympique de boxe en 2000 et proche de Yoka : “A mes yeux, c’était une grosse erreur de partir avec Hunter. La catégorie de poids lourds est très spécifique, tu ne la gères pas de la même manière. C’est comme un gardien au foot, il a son propre entraîneur, sa propre psychologie… ” 

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Tony Yoka lors d’un entraînement de préparation à son combat contre Arslan Yallyev, le 14 mai 2025 à Paris

Crédit: Getty Images

“Il faut qu’il ait le goût de la salle, le goût de la mort”

Mais le bouleversement demeure surtout mental. Car le boxeur peut désormais reconnecter avec ses deux enfants, dont il était coupé par séquences de plusieurs mois avec sa vie américaine, et avec pas mal de ses proches. Une immense respiration qui lui permet de retrouver une relation plus apaisée avec ceux qui composent son entourage. Un élément souvent pointé du doigt par les observateurs privilégiés du noble art et du clan Yoka, reprochant un mélange de starification trop rapide après sa médaille olympique et d’un entourage qui lui disait trop “oui”, ce qui menait le boxeur parfois sur d’autres chemins que celui de la salle. 

Je pense qu’il a vraiment changé, dans le bon sens, confie Asloum. Il a grandi, il est devenu plus mature, il sait ce qu’il veut maintenant. (…) Le but, c’est qu’il redevienne boxeur. Il faut qu’il ait le goût de la salle, le goût de la mort, le goût de la difficulté. Faut avoir mal au ventre quoi.” Celui qui endosse parfois le rôle du sage auprès de Tony Yoka glisse tout de même :  “Je sais ce que je ne trouve toujours pas bon, mais après, ça, c’est entre lui et moi.”

Toujours est-il que cette faim de boxe semble retrouvée chez celui qui, en temps, en était repu. “Je n’avais plus plaisir à m’entraîner. Je n’étais pas heureux“, avoue-t-il sous les yeux des caméras. Aujourd’hui, il est “reparti sur quelque chose de positif : Aimer ce que je fais, aller à l’entraînement, être content“, tout simplement. Les deux victoires acquises dans l’anonymat dans des petites salles anglaises, sous les yeux de quelques centaines de spectateurs, sans la pression du public français qui l’attend au tournant, y sont probablement pour quelque chose. “J’ai pu renouer avec la victoire, un petit peu dans l’ombre“, souffle Yoka. 

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Tony Yoka lors d’un entraînement de préparation à son combat contre Arslan Yallyev, le 14 mai 2025 à Paris

Crédit: Getty Images

Une transformation physique

Réenclencher un cycle de victoires a rappelé des sensations enfouies profond chez le champion. Et quand bien même les adversaires étaient loin du gratin mondial, Brahim Asloum a observé une progression, une reprise de confiance, qui n’est pas due au hasard : “Franchement, on ne l’a plus revu (après son installation en Angleterre). Il s’est mis au travail, il y avait de moins en moins de choses autour de lui, plus de choses accès sur la boxe. Il s’est mis dans ce cocon londonien à s’entraîner, s’entraîner, s’entraîner.”

Au-delà de sa tête qui semble retapée, Tony Yoka s’est aussi occupé de la charpente. Il affiche désormais un physique plus massif d’une dizaine de kilos comparé à l’époque de sa défaite contre Martin Bakole. Le tout, sans apparaître beaucoup plus gras. Un travail de longue haleine réalisé sur l’alimentation et la préparation physique que le natif de Paris a entrepris après avoir souffert sous les coups de boutoir de Bakole, qui oscille entre 125 et 130 kilos sur la balance. “Maintenant, il faut voir comment il s’adapte, juge Brahim Asloum. Est-ce qu’il a cette capacité à pouvoir se déplacer autant ? Pour moi, ça va être la découverte de ce combat-là.”

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Tony Yoka lors d’un entraînement de préparation à son combat contre Arslan Yallyev, le 14 mai 2025 à Paris

Crédit: Getty Images

Le combat qui attend Yoka à l’Adidas Arena apportera donc de nombreuses réponses. D’abord sur où il en est, puis vers où il se dirige. Car cette mise de gants sera la dernière dans le cadre du contrat qui le lie avec Canal+ et qui lui assure des revenus de 250.000 euros par combat, selon L’Equipe. À l’époque de la signature en 2017, la chaîne cryptée imaginait son poulain sur une autoroute vers une ceinture mondiale. Désormais, après de nombreux virages et péages imprévus, l’interrogation concerne le futur : peut-il encore devenir ce champion poids lourd que la boxe tricolore attend depuis si longtemps ? 

Yoka laisse entendre que tout est encore possible, malgré les déceptions, et qu’il a toujours de “bons rapports” avec la chaîne. Assez pour redéfinir les contours d’un nouveau contrat en cas de victoire éclatante samedi soir ? “Je ne pense pas être en retard, jure Yoka. J’ai 33 ans, je reste un poids lourd jeune. Klitschko, quand il a boxé Joshua, il avait 42 ans. Georges Forman est devenu champion du monde à 45 ans. Si vous regardez aujourd’hui le top mondial, ils sont tous beaucoup plus vieux que moi“, clame-t-il. Un combat convaincant contre Yallyev, inconnu du grand public mais tout de même classé 38e mondial chez les lourds, sera-t-il suffisant pour faire remonter un diffuseur – et plus largement la France – dans le train ?



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