Roland-Garros 2025 – “En 2 minutes, je vois que c’est une bombe ” : Son premier entraîneur nous raconte Loïs Boisson

Roland-Garros 2025 – “En 2 minutes, je vois que c’est une bombe ” : Son premier entraîneur nous raconte Loïs Boisson


Patrick Larose, comment avez-vous découvert Loïs Boisson ?

 P.L. : Je l’ai eu à 8 ans quand elle démarrait, j’étais conseiller technique régional à la retraite. En septembre 2011, une petite fille se présente aux évaluations. Je lui lance une première balle, elle n’avait jamais pris une raquette de sa vie, et de suite, elle me la renvoie après le premier rebond. En 2 minutes, je vois que c’est une bombe.

Elle courrait comme une folle, elle avait une adresse diabolique et un jeu de raquette fou avec des qualités hors norme de vitesse. J’ai écourté la séance pour proposer un projet à ses parents. Je n’avais jamais vu ça, et pourtant, j’en ai vu beaucoup (ndlr : Patrick Larose a notamment entraîné Jérôme Golmard, ancien 22e joueur mondial).

Lois Boisson

Crédit: Getty Images

Quand elle rentrait à la maison, elle apprenait le tennis à ses poupées

Qu’est-ce qui la distinguait des autres par-dessus tout ?

P.L. : Sa principale qualité, c’était sa motivation. Elle avait envie de toujours jouer avec une capacité à répéter les exercices qui n’existe pas à cet âge-là. Sa maman me disait que Loïs, quand elle rentrait à la maison, apprenait le tennis à ses poupées. Ce n’était pas une petite fille comme les autres, elle avait en tête le tennis, que le tennis. Elle ne pensait qu’à ça et, très vite, elle a voulu devenir joueuse professionnelle.

Il semble que cette motivation lui a posé parfois quelques problèmes de comportement sur le court.

P.L. : Comme elle ne réussissait pas du premier coup, Loïs se frustrait beaucoup. Elle balançait ses raquettes et, souvent, j’étais obligé de l’exclure du court. J’essayais de trouver des moyens de gérer sa frustration mais c’était compliqué. Cette semaine, on voit qu’elle a un calme intérieur, elle ne l’avait pas au départ mais ça doit bouillir dans sa tête. Jeune, Loïs était très renfermée et ne livrait jamais ses sentiments. Quand elle jetait des raquettes, c’était de la colère à l’état pur. On avait un peu mal pour elle.

La responsable de la FFT me dit : ‘elle ne fera jamais de haut niveau’

Pourquoi n’a-t-elle pas intégré le giron fédéral du haut niveau à ce moment-là ?

P.L. : A 11 ans, elle est repérée par la fédération qui la convoque à un stage à Aix-en-Provence. La responsable de la FFT m’appelle et me dit : ‘elle ne sait pas gérer ses émotions, elle ne fera jamais de haut niveau.’ Ils ne la prennent pas mais je continue à l’entrainer. Avec elle, on pouvait faire 45 minutes la même chose, la même situation tactique, elle en redemandait. Alors, même si elle n’était pas facile à gérer…

Avait-elle déjà des dispositions physiques qui la distinguaient des autres joueuses de son âge ?

P.L. : Evidemment. Physiquement, c’était impressionnant. Une vraie pile. A 8 ans, on jouait droite, gauche, dès le début, elle était à fond. Niveau cardio, elle avait une endurance exceptionnelle. Elle aurait pu faire n’importe quel sport. Même au basket, il la voulait, elle était sélectionnée avec les meilleures. Mais elle a choisi le tennis ce qui avait un peu surpris son père d’ailleurs (ndlr : Yann Boisson fut joueur de basket profesionnel à l’Asvel notamment). Physiquement, je n’ai jamais vu une fille avec ses dispositions.

Sur ses vitesses de balle au service, elle n’a rien à envier à Sabalenka

Est-ce que vous l’imaginiez un jour en quart de finale de Roland-Garros ? 

P.L. : Son parcours ne m’étonne pas. Elle a tout en place, il fallait juste qu’elle se confronte au haut niveau. Elle a un jeu un peu atypique pour le tennis féminin avec un coup droit lifté lourd qui gicle et un revers pas mauvais du tout. Sur ses vitesses de balle au service, elle n’a rien à envier à Sabalenka. Elle a des gros coups, il lui manque l’expérience.

Aujourd’hui, elle ne se fixe pas de limite et, en dépit de son classement, elle semble sûre d’elle. A-t-elle toujours eu cette confiance en elle ? 

P.L. : Pas tellement. Je me souviens de séances où on travaillait les services. Dès qu’elle faisait une faute, elle me disait : ‘je suis nulle, je fais que des doubles.’ Alors, je lui avais dit de faire un trait sur la terre chaque fois qu’elle en mettait un dans le carré et elle se rendait compte qu’elle en réussissait huit sur dix. Mais elle était tellement perfectionniste… Sa mère a joué un grand rôle pour la rassurer. S’il n’y avait pas eu cet environnement familial, ça n’aurait pas pu marcher.



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