“On dirait un remake de Lewis (Hamilton) et (Jenson) Button.” Malgré l’émotion d’un quatrième succès en F1, George Russell avait les idées claires en découvrant depuis la cool room les images du fait majeur d’une course jusqu’alors très tranquille. Le Britannique a vu juste en comparant la lutte fratricide du 67e tour avec un autre accrochage entre coéquipiers McLaren, survenu au 8e tour du Grand Prix du Canada en 2011 et ayant provoqué l’abandon d’Hamilton tandis que Button s’en allait glaner une improbable victoire.
Quatorze ans plus tard, il y a bien eu un nouveau DNF, celui de Norris qui s’est auto-incriminé, mais pas de succès au bout pour couvrir la catastrophe, Piastri terminant quatrième. “Nous ne voulons jamais voir une McLaren impliquée dans un accident, et encore moins nos deux voitures se toucher l’une l’autre, a tonné Andrea Stella, le directeur de l’équipe basée à Woking. C’est un principe fondamental chez nous. Cela dit, ce contact est survenu à cause d’une erreur de jugement. Il n’y avait aucune mauvaise intention.”
Norris se déclare fautif
Rembobinons. Contrairement à leurs habitudes, les monoplaces couleur papaye ont manqué de rythme et de maîtrise des pneus pour viser la victoire sur l’exigeant circuit Gilles-Villeneuve. Bloqué au pied du podium par Kimi Andrea Antonelli (Mercedes), Piastri, malgré des gommes dures plus fraîches que le rookie italien, a vu son équipier revenir en trombe dans ses rétroviseurs à quelques hectomètres de l’arrivée. Parti septième après une nouvelle séance de qualification décevante, Norris affichait alors un rythme très solide grâce à une tactique audacieuse qui l’a vu partir avec des pneus durs, et s’est finalement retrouvé à jouer le podium dans les ultimes tours.
Les deux McLaren en piste au Canada.
Crédit: Getty Images
Après avoir longuement harcelé l’Australien, le Britannique, profitant d’une longue ligne droite après la dernière chicane, a tenté une manœuvre périlleuse dans un espace réduit à gauche. Il a alors percuté l’arrière de son coéquipier avant de heurter le mur des stands. Les dégâts étant trop importants sur la McLaren frappée du 4, l’abandon était inévitable pour Norris. “C’est entièrement ma faute, c’était stupide de ma part”, a immédiatement reconnu le numéro 2 du championnat, dorénavant mené de 22 points après dix courses par son équipier. De retour dans le paddock, il a exprimé son regret d’avoir “laissé tomber” son équipe au micro de Canal +, après avoir préalablement pris le soin de s’excuser en personne auprès de Piastri : “J’essayais de le dépasser depuis cinq tours sans y parvenir. Sa défense était correcte. Je prends cette erreur pour moi, et je m’excuse auprès de l’équipe.”
La liberté ou lE RETOUR DES CONSIGNES ?
Piastri, qui a subi des dommages sur sa McLaren, a sauvé l’essentiel en maintenant sa position derrière la voiture de sécurité jusqu’au drapeau à damier. L’Australien a ensuite pris la défense de son équipier : “Il a fait une grosse manœuvre dans le virage 10, j’ai tenu bon dans la chicane, et c’était clairement un combat intense mais propre à cet instant. Je n’ai pas encore revu l’incident, mais je ne pense pas qu’il y ait eu de mauvaise intention. C’est juste malheureux, vraiment.”
Si les deux pilotes ont joué la carte de l’apaisement pour couper court à la polémique, Andrea Stella a estimé que “l’incident n’aurait jamais dû se produire”. Le directeur de l’écurie a déclaré que des discussions auront lieu en interne pour éviter de reproduire ce final catastrophique : “Cette erreur d’appréciation coûte très cher à Lando, qui a immédiatement reconnu sa responsabilité. (…) Nous aurons des conversations qui pourraient être inconfortables, mais il n’y a aucun doute sur le soutien que nous apportons à Lando. Ces discussions auront lieu une fois que nous serons reposés et calmes, et nous aurons alors la possibilité de tirer tous les enseignements et de repousser ce qui ne doit pas nous accompagner à l’avenir.”
Alors que Zak Brown, le grand patron de McLaren, s’attendait tôt ou tard à un accrochage entre ses deux pilotes, une question devrait donc animer les prochains jours à l’usine de Woking : malgré des monoplaces au-dessus du lot (175 points d’avance au championnat Constructeurs), Piastri et Norris doivent-ils continuer à se battre librement en piste ? “J’espère que oui, a répondu l’Australien. Je pense que tout restera pareil. Ce n’est pas comme si nous nous étions crashés dans un virage à cause d’un trop-plein d’agressivité. C’était un incident malheureux en ligne droite. Je ne pense donc pas que ça changera quoi que ce soit, et je pense même que c’est comme ça que ça devrait être car nous nous battons tous les deux pour un championnat du monde.” La suite au prochain épisode !
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